Le 17 février dernier, le Syndicat de la Construction Métallique de France (SCMF) a organisé une conférence de presse afin de dresser son point de conjoncture annuel et d’annoncer la célébration de ses 140 ans. À cette occasion, son président, Emmanuel de Laage, a apporté un éclairage sur la situation actuelle de la profession.
« L’année 2026 s’ouvre dans un contexte exigeant pour la construction métallique française. Ralentissement des marchés, incertitudes réglementaires et tensions sur les investissements : les entreprises tricolores de la construction métallique évoluent dans un environnement contraint et parfois instable. Pour autant, jamais la filière n’a été aussi stratégique pour le pays. Décarboner le bâtiment, réindustrialiser les territoires, produire plus vite, mieux et durablement : l’industrie française de la construction métallique se veut au cœur de toutes les solutions d’avenir, explique Emmanuel de Laage. Nous attendons des pouvoirs publics une politique claire, cohérente et stable, capable de sécuriser l’investissement, d’encourager l’innovation et de reconnaître la contribution décisive de notre filière à la transition écologique et à la souveraineté industrielle. Le SCMF restera pleinement mobilisé pour défendre nos entreprises, porter la voix de l’industrie de la construction métallique et peser dans les débats territoriaux, nationaux et européens. » Fort du constat que lui dressait récemment un dirigeant adhérent au SCMF – « L’acier n’est pas le problème, il est une partie essentielle de la solution » –, Emmanuel de Laage affirme que « cette conviction doit désormais être pleinement partagée par les décideurs publics ». Avant de conclure : « Cette année a enfin une portée symbolique forte : le SCMF célébrera ses 140 ans. Cent quarante ans d’engagement au service d’une filière qui n’a jamais cessé d’innover et de bâtir la France. Dans un moment charnière, notre responsabilité collective est claire : transformer les contraintes d’aujourd’hui en leviers de compétitivité et de croissance durable pour demain. »
Une conjoncture tendue
Revendiquant un taux de croissance annuel moyen de 1,59 % entre 2014 et 2024, la construction métallique de France avait affiché, en 2024, un chiffre d’affaires sectoriel de l’ordre de 4 milliards d’euros. Pour 2025, le syndicat observe un léger tassement de l’activité de ses adhérents. Le chiffre d’affaires devrait connaître un recul estimé à -3,69 %, ce qui se traduit par un tonnage mis en œuvre compris entre 740 000 et 760 000 tonnes, contre 773 365 tonnes en 2024. Précisons que, parallèlement, les activités des constructeurs métalliques français ne se cantonnent pas au territoire national, mais s’exportent toujours aussi bien avec 5 à 10 % du CA total effectué hors frontières hexagonales.
Les activités de la construction métallique française, qui regroupent environ 850 entreprises et 25 000 collaborateurs, se répartissent traditionnellement par nature d’ouvrages en six segments. En 2025, on constate que les bâtiments industriels constituent toujours une activité majeure de la filière, avec une part quasi stable du tonnage total : 60,18 % contre 60,65 en 2024. Mentionnons que les autres ouvrages (ombrières, supports de centrales photovoltaïques…), qui pesaient 12,41 % en 2024, progressent quant à eux légèrement pour atteindre 12,76 % du tonnage mis en œuvre.
Si les bâtiments agricoles, silos et trémies fléchissent légèrement, passant à 11,02 % en 2025 (contre 11,95 %), notons que les autres bâtiments (commerciaux, sportifs, sociaux, enseignements, hôpitaux et établissements de santé, logements) croissent de plus de 2 %, en passant de 7,03 % à 9,43 % du tonnage total. Enfin, l’activité pylônes monte à hauteur de 1,94 % en 2025 (contre 1,88 en 2024) et les ponts et passerelles baissent à 4,67 % contre 6,09 % l’année précédente.
Des commandes en berne
Malgré des sursauts d’activité en février-mars, puis juillet et octobre 2025, le tonnage mensuel des commandes reçues par la construction métallique française baisse sur l’ensemble de l’exercice, comparativement à 2024. Dans les faits, si le tonnage total des commandes reçues pour la période septembre/novembre 2025 perd 10 % comparé à la même période de 2024, le tonnage des commandes reçues (hors ouvrages d’art et exportations) pour décembre 2024 à novembre 2025 baisse de -7,3 %, comparativement à la période allant de décembre 2023 à novembre 2024.
Le SCMF attribue cette baisse à plusieurs facteurs : un climat d’investissement difficile, une prudence des investisseurs et des prises de décisions qui s’allongent.
Ce niveau d’activité influence l’indice du taux d’utilisation des capacités de production françaises. Après avoir atteint 73,3 % au dernier trimestre 2023, il a progressé : +1,35 point au dernier trimestre 2024, puis +1,95 point pour atteindre 76,60 % au dernier trimestre 2025. Ce chiffre reste toutefois en dessous de la barre des 80 %, considérée comme le seuil déclencheur d’investissements majeurs. Une situation que nous analyserons plus en détail dans le prochain numéro de Tôlerie Magazine.
