Alors que le réemploi s'installe progressivement dans les pratiques de la construction métallique pour répondre aux objectifs de décarbonation du secteur, un nouveau métier se structure au sein de la filière : celui de requalificateur. À la croisée de l'expertise technique, du contrôle qualité et de l'économie circulaire, ces professionnels donnent une seconde vie aux structures métalliques en garantissant leur aptitude à être réemployées dans de nouveaux ouvrages. Aux côtés des entreprises engagées dans cette dynamique, le CTICM accompagne la structuration de cet écosystème émergent.
Identifier les gisements, contrôler les matériaux, vérifier leurs caractéristiques mécaniques, les reconditionner, puis les remettre sur le marché : derrière le réemploi des structures métalliques se cache désormais un véritable métier. Parmi les premiers acteurs à en avoir fait leur cœur d'activité figure l'entreprise Metamo. Créée en 2022, elle s'est donné pour mission d'industrialiser le réemploi afin de le rendre économiquement viable, reproductible et facilement mobilisable par l'ensemble des acteurs de la construction. Positionnée entre les opérations de déconstruction et les ateliers des constructeurs métalliques, elle intervient sur toute la chaîne de valeur : identification des gisements, contrôle des éléments, requalification, reconditionnement et remise à disposition des matériaux. Aujourd'hui, l'entreprise rassemble une dizaine de collaborateurs et accompagne plusieurs dizaines de projets chaque année.
« Notre métier consiste à fluidifier le réemploi des structures métalliques. Nous sommes la brique entre le chantier de déconstruction et l'atelier du constructeur métallique. Notre rôle est de fournir des matériaux prêts à être retravaillés, accompagnés d'une attestation des performances et d'un processus de requalification entièrement maîtrisé », commente Simon Desrumaux, dirigeant fondateur de Metamo.
Une dynamique qui gagne l'ensemble de la filière
Le développement du réemploi ne repose plus uniquement sur quelques entreprises spécialisées. Il transforme désormais les pratiques des acteurs historiques de la construction métallique. C'est notamment le cas de Fayat Métal, qui a progressivement structuré son organisation pour intégrer le réemploi dans les activités de plusieurs de ses filiales, jusqu'à en faire une véritable offre structurée de réemploi visant à accompagner les maîtres d'ouvrage dans leurs objectifs de décarbonation. Cette évolution s'est traduite par la création d'une cellule dédiée, la désignation de référents au sein des différentes entités du groupe, la mutualisation des compétences et l'obtention de la certification de requalificateur pour plusieurs entreprises.
« Nous avons fait le choix d'intégrer le réemploi à nos métiers pour accompagner les attentes croissantes de nos clients en matière de décarbonation. Aujourd'hui, il constitue un véritable facteur différenciant dans nos réponses aux appels d'offres. La certification de requalificateur, portée par le CTICM, nous permet aujourd'hui de proposer à nos clients une solution fiable, assurable et immédiatement mobilisable », ajoute Émile Seta, chargé du développement réemploi chez Fayat Métal.
Cette évolution témoigne d'un changement de paradigme. En effet, le réemploi n'est plus une démarche expérimentale, mais une compétence qui s'intègre progressivement aux pratiques courantes de la profession. En l'espace de deux ans, Fayat Métal est passé d'une logique d'expérimentation à une dynamique concrète, avec une dizaine de projets intégrant du réemploi à l'horizon 2027.
Un accélérateur pour la filière
Pour accompagner cette montée en puissance, le CTICM a élaboré des recommandations professionnelles et un dispositif de certification qui permettent aujourd'hui de sécuriser les opérations et d'apporter des garanties aux maîtres d'ouvrage, bureaux d'études et entreprises. À ce jour, 6 entreprises sont certifiées et 26 partenaires relais participent au développement de cet écosystème sur l'ensemble du territoire.
« Le développement du réemploi ne repose pas uniquement sur la disponibilité des matériaux. Il nécessite des compétences, des méthodes et des garanties partagées par l'ensemble des acteurs. Les recommandations professionnelles de juin 2024 et la certification des requalificateurs permettent aujourd'hui de sécuriser les pratiques et de structurer progressivement une véritable filière du réemploi des structures métalliques », conclut Amor Ben Larbi, directeur de projets de recherche au CTICM.
Une filière qui continue de se structurer
Si les méthodes de requalification sont aujourd'hui maîtrisées, des défis subsistent encore, notamment autour de l'identification des gisements et de l'organisation des opérations de déconstruction. À mesure que les exigences environnementales se renforcent et que les variantes décarbonées deviennent la norme sur un nombre croissant de projets, les requalificateurs s'imposent progressivement comme un maillon essentiel de la construction métallique de demain.

